L’Ignorance & La Misère

« Eh ! Quel est, en effet, j’en appelle à vos consciences, j’en appelle à vos sentiments à tous, quel est le grand péril de la situation actuelle ?

L’ignorance ; l’ignorance encore plus que la misère […]. L’époque où vous êtes est une époque riche et féconde ; ce ne sont pas, messieurs, les intelligences qui manquent, ce ne sont pas les talents ; ce ne sont pas les grandes aptitudes ; ce qui manque, c’est l’impulsion sympathique, c’est l’encouragement enthousiaste d’un grand gouvernement ».

Victor Hugo, Discours à l’Assemblée nationale, Séance du 11 novembre 1848.

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Le Concept & L’Idée

« Treplev : […] Même si tu aimerais que je le prenne pour un génie, je dois te dire que ce qu’il écrit, ça me donne la nausée.

Arkadina : C’est de la jalousie ! Les gens prétentieux et sans talent ne supportent pas ceux qui en ont vraiment.

Treplev : Le Vrai talent ! Si on en est là. J’ai plus de talent que vous tous ici ! Vous ne connaissez rien d’autre que votre routine. Vous voulez régner sur le théâtre avec vos textes pleins de lieux communs, et le reste vous l’opprimez, vous l’écrasez. Vous n’acceptez que votre théâtre moralisateur, qui vous conforte dans vos opinions. Je ne vous accepte pas, ni toi, ni lui.

Arkadina : Petit con ».

Anton Tchekhov, La Mouette, 1896.

Certes, les gens sans talent ne semblent pas pouvoir supporter ceux qui en ont « vraiment ». De là à affirmer qu’une énième entreprise de critique(s) littéraire(s) a été échafaudée au sein d’un cerveau rongé de complexes, il n’y a qu’un pas, qu’il faut franchir allègrement.

Si cette banale contribution à la tambouille littéraire généralisée peut donner à certains l’envie d’écrire, c’est superbe. Si – l’espoir fait vivre – les quelques critiques rédigées à la va-vite peuvent donner l’envie à d’autres de lire – ou relire – les livres qu’elles concernent, c’est encore mieux ; L’Ignorance & La Misère aura atteint son objectif (pas littéralement hein, nous nous sommes compris).

Dès lors, il ne sera question ici que d’ouvrages ayant fait l’objet d’analyses positives de la part de votre humble serviteur, et non de pavés insipides et sexualisés 2.0 (Michel Houellebecq & Virginie Despentes, si vous m’entendez…). Le lecteur avide de connaissances ne pourra par ailleurs que compter sur lui-même – et c’est déjà pas mal – pour dénicher l’ouvrage en question, sa quatrième de couverture, ses points de vente ainsi que le libraire ou le vendeur y relatif. L’Ignorance & La Misère ne fait ni moteur de recherche, ni librairie en ligne, ni livraison de plats chauds.

Dans son génial Au Bonheur des Ogres, Daniel Pennac assurait que « [l]es horaires de la vie devraient prévoir un moment, un moment précis de la journée, où l’on pourrait s’apitoyer sur son sort. Un moment spécifique. Un moment qui ne soit occupé ni par le boulot, ni par la bouffe, ni par la digestion, un moment parfaitement libre, une plage déserte où l’on pourrait mesurer, pénard, l’étendue du désastre ».

Vous avez sûrement vécu ce genre de moments à intervalles réguliers.

La prochaine fois que cela vous arrive, profitez-en pour agripper un bouquin.

Chers tous, une excellente lecture.