De l’importance, simplement, de se laisser submerger par la magie de l’écriture

« Ce n’est qu’hier soir, alors que je marchais dans les rues trempées de Vallcarca, que j’ai compris que naître dans cette famille avait été une erreur impardonnable. Tout à coup, j’ai vu clairement que j’avais toujours été seul […] ».

Les premières notes du roman Confiteor donnent le la d’une histoire sans fin, oscillant entre compréhension du Mal, de l’inhumain, du désamour et de l’infortune, et sublimée par une langue chaotique à la recherche de la connaissance. Cette histoire universelle, déclinée sur plus de 700 pages, est de celles qui marquent une vie, une génération. Et pourtant, qui prétendrait la connaître ?

Une fois n’est pas coutume, un résumé ne serait d’aucune utilité pour décrire l’apparition littéraire que constitue Confiteor dans la forêt des chefs-d’œuvre qui nous entoure. On ne saurait pas quoi raconter, de toute façon. Cet ouvrage est, à parts égales, l’histoire d’un jeune garçon, et de l’Inquisition, d’un vieux professeur et d’un violon sans âge, du nazisme et de l’amour impossible, d’un père antiquaire et de la chrétienté, de la Cité du Vatican et de la peinture universelle.

Ou de tout autre chose, peut-être.

L’histoire d’Adrià, de Bernat, de Sara, d’Héloïse et d’Abélard, d’Auschwitz-Birkenau, de Carme, de Nicolau, de Guillaume-François Vial, d’Himmler, de Frère Gabriel ou encore des pères prieurs de l’église Sant Pere del Burgal.

« Ne viens pas me casser les couilles, lui répondit Bernat, quand il finit par dire ça, au bout de huit jours. Et le Seigneur contempla son œuvre et dit que c’était bien, parce qu’il avait tout l’univers chez lui dans une classification plus ou moins décimale universelle. Et il dit aux livres croissez et multipliez-vous et répandez-vous dans toute la maison ».

Après huit ans de travail, Jaume Cabré, l’un des écrivains catalans les plus reconnus de son temps, a simplement tenté d’embrasser le mouvement du monde, au gré des pensées érudites d’Adrià Ardèvol, enfant sans amour devenu poète sans descendance, se perdant peu à peu dans les limbes de la maladie d’Alzheimer. Hantise de l’écrivain, déchirement du lecteur.

On en a pleuré, de lire ces lignes.

Des années après sa découverte, impossible d’oublier Adrià et son passé, impensable de ne plus se remémorer la profondeur de son propos. Les mille histoires entrelacées sont autant de livres que l’on n’a jamais lus, autant de personnages jamais rencontrés, rassemblés en une fresque gigantesque qui retrace le sentiment depuis l’aube, depuis les premières heures de l’existence. Perdu sur un chemin de traverse menant à un couvent du XVème siècle, le lecteur est transporté dans la boutique du père d’Adrià, grattant les cordes de ce violon mythique, pour finir par être le témoin obligé des affres de la Seconde Guerre mondiale. La mémoire, pourtant, finira par se perdre.

« On me dit que je ne vous reconnaitrai pas : ne soyez pas trop cruels avec moi. On me dit que cet état ne me fera pas souffrir. Par conséquent, vous n’avez pas à souffrir vous non plus ».

Le roman est époustouflant, déchirant, terrifiant de vérité. Confiteor.

« Je veux te dire que nous sommes tous, nous et nos affects, un [p]putain de hasard. Et que les faits s’embrouillent avec les actes et avec les événements ; et que les gens se heurtent, se trouvent ou s’ignorent également par hasard. Tout arrive au petit bonheur la chance. Ou alors, rien n’est dû au hasard et tout est dessiné à l’avance ».

Confiteor.

Ou, plus simplement : Je Confesse.