L’Ouvrage & L’Ecrit

« C’est drôle, quand on a de petites mains, on écrit tout gros, et quand on a de grosses mains, on écrit tout petit ».

Victor Hugo, Mes Fils, 1874.

L’Ordre du Jour, Eric Vuillard, 2017

Entre fiction psychologique et réalité historique, L’Ordre du Jour – et quel titre ! – expose le dessous des cartes des grandes décisions ayant présidé à l’ordre du monde, de 1938 à 1945, ainsi que le futur qui fut le nôtre. Grandes décisions, souvent, pour le profane. En réalité, les maladresses et faiblesses des hommes, dirigeants ou non, les concours de circonstances et, surtout, les propensions des uns à sonder les âmes des autres ont, aussi peu étonnant que cela puisse paraître, certainement engendré la catastrophe qui hante encore les sociétés contemporaines.

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Les Bas-Fonds, Maxime Gorki, 1902

Plusieurs personnages, symptomatiques de la misère et de la déchéance russe, comme seuls les auteurs russes, justement, savent la pousser à l’extrême, cohabitent dans les bas-fonds d’une piaule insalubre, phagocytés par les caprices d’un marchand de sommeil. Russe, lui aussi, évidemment.

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Chagrin d’Ecole, Daniel Pennac, 2007

Aux lecteurs assidus – cancres ou non – s’interrogeant sur cette pertinence, il serait ainsi bon d’affirmer que, une fois n’est pas coutume, l’intérêt de se pencher plus assidument sur Chagrin d‘Ecole, plutôt que sur Au Bonheur des Ogres, ou encore sur Comme un Roman, confine à l’évidence, et ce pour plusieurs raisons.

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Voyage d’hiver, Jaume Cabré, 2017

« Ce que je commence à écrire doit être digne de ce que j’ai écrit avant, si ce que j’ai écrit a un peu de dignité ».

A la lecture du recueil de nouvelles Voyage d’Hiver, publié par Actes Sud au début de cette année 2017, on ne peut que se dire que le pari a été réussi pour Jaume Cabré, écrivain catalan parmi les plus reconnus après la parution de son roman-fleuve Confiteor, en 2013.

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La Loterie, Shirley Jackson, 1948

De l’art de traumatiser, sans le faire exprès, toute une génération d’Américains En 2016, Miles Hyman, illustrateur connu et reconnu même par les néophytes depuis la parution de son adaptation du Dahlia Noir, de James Ellroy, récidive avec la publication... lire plus

Les Armées, Evelio Rosero, 2008

Des oranges amères, des femmes gorgées de soleil et la vie paisible d’un vieillard abouti. Les Armées pourraient se produire n’importe où, ou nulle part ailleurs. La violence, diffusée dans chaque parcelle de l’écriture, est d’autant plus absolue que le calme règne, malgré tout, dans le petit village de San José, en Colombie. Ismael et Otilia, vieil instituteur et vieille femme, vivent un quotidien finissant à la rassurante lumière d’un environnement figé.

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Orphelins de Dieu, Marc Biancarelli, 2014

Assoiffée de vengeance après l’odieuse mutilation de son frère, Vénérande – et l’on serait bien en droit de s’interroger sur la finalité de ce prénom – conjure l’enfer, L’Infernu, à réparer les torts commis. Un sang pour un sang, une vie pour une vie, le décor est posé, et la quête désespérée de deux êtres en sursis se fait plus oppressante pour le lecteur, à mesure que les pages se tournent.

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Où J’ai Laissé Mon Âme, Jérôme Ferrari, 2010

Parce que l’horreur de la guerre trouble éternellement le sommeil des hommes, le capitaine André Degorce, honoré par ses souffrances subies en Indochine, accepte de renoncer à l’espoir d’une vie meilleure pour s’enfoncer dans les affres de la pire guerre qui soit, celle où les ennemis sont parfois dans nos murs, la guerre de la France contre la France, et des harkis contre les leurs.

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Confiteor, Jaume Cabré, 2013

Une fois n’est pas coutume, un résumé ne serait d’aucune utilité pour décrire l’apparition littéraire que constitue Confiteor dans la forêt des chefs-d’œuvre qui nous entoure. On ne saurait pas quoi raconter, de toute façon. Cet ouvrage est, à parts égales, l’histoire d’un jeune garçon, et de l’Inquisition, d’un vieux professeur et d’un violon sans âge, du nazisme et de l’amour impossible, d’un père antiquaire et de la chrétienté, de la Cité du Vatican et de la peinture universelle.

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Le Désert des Tartares, Dino Buzzati, 1940

Giovanni Drogo, jeune lieutenant plein de fougue voit enfin arriver, après des années fébriles, le jour de son affectation à la sortie de son école militaire. Destiné à renforcer le gros des troupes du fort Bastiani, situé à la lisière d’un désert séparant le monde civilisé des « ennemis du Nord », Drogo attend désespérément, puis avec une lassitude refoulée, l’avènement d’une guerre qui ne semble jamais devoir éclater.

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Oncle Vania, Anton Tchékhov, 1897

Piégés par leur environnement, huit personnages au bonheur malaisé tentent de lutter contre l’ennui et la torpeur de leur province russe. Epuisés par l’indifférence du monde alentour, qui continue à tourner malgré leur apathie, ces désespérés d’un genre nouveau s’accrochent aux faibles espoirs d’une vie meilleure, plus riche, moins laborieuse, plus passionnée.

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Ruy Blas, Victor Hugo, 1838

Imaginez plutôt ; un laquais, épris de la Reine d’Espagne, endosse, à la faveur d’un complot orchestré par un seigneur en disgrâce à la Cour, l’habit d’un noble pour séduire la souveraine. Le stratagème est un succès ; Ruy Blas, inconscient du piège dont il est le vecteur, coule une passion heureuse avec Doña Maria, reine de son état, fragile, pure et naïve. A ceux qui oseraient prétendre que Ruy Blas est un ouvrage classique, exaltant les valeurs héroïques contemporaines comme Le Cid de Corneille avant lui, quelques précisions s’imposent.

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La Douce, Fédor Dostoïevski, 1876

« Figurez-vous un mari dont la femme, une suicidée qui s’est jetée par la fenêtre il y a quelques heures, gît devant lui sur une table. Il est bouleversé et n’a pas encore eu le temps de rassembler ses pensées […]. Si un sténographe avait pu le surprendre et noter son discours, le résultat aurait été plus raboteux, moins achevé que ce que je présente ici, mais, pour autant que je puisse le penser, l’ordre psychologique, peut-être, serait resté le même ».

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Gros-Câlin, Romain Gary, 1974

Il en est de certains ouvrages comme de puissantes incertitudes ; le lecteur a l’intuition d’avoir saisi le message de l’auteur, mais son prononcé reste nébuleux. A la lecture de Gros-Câlin, il est impossible, en revanche, de s’interroger sur la morale de l’histoire. Tous les personnages décrits ne possèdent ainsi qu’un simple patronyme, « Mlle Dreyfus » comme « M. Tsourès » traversant avec fracas la fragile existence de M. Cousin ; seules les « bonnes putes » et une souris, futur repas de Gros-Câlin, pour laquelle le bureaucrate se prend d’affection, ont droit à un prénom. Des bonnes putes, une souris, un python, ça se laisse aimer ; dès lors, ils existent. On n’hésite plus à les prénommer.

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Les Enfants Terribles, Jean Cocteau, 1929

« Il est de ces maisons, de ces existences, qui stupéfieraient les personnes raisonnables ».

Stupéfiant inceste que celui-là, que l’on se prétende raisonnable ou non. Touchés par la grâce de la lutte sans merci qu’ils se livrent bien malgré eux, Paul et Elisabeth, tour à tour – mais jamais concomitamment – nourrissons, adolescents, puis sexués, semblent ne pas trouver de réponse à la passion qui les dévore. Le décès d’une mère, l’abandon d’un oncle, les joies de l’opulence quotidienne vont achever de les conforter dans l’idée qu’une vie d’enfants ressemble à s’y méprendre à une vie d’adultes, ponctuée de rires, d’aventures, mais surtout de douleurs.

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